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Nulle part ailleurs, l’organisation de notre
voyage émotionnel à travers la vie, ne peut clairement être plus exemplaire,
qu’en musique La musique transcende l’age, la race et la
civilisation Lorsqu’en 1965, je
quittais, avec ma fille aînée et son père, l’ethnologue Olivier
Herrenschmidt, Pentakota, le village indien de pêcheurs de la côte d’Andhra
Pradesh où nous venions de vivre un an et demi, nous voulions faire un don à
ce village pour les remercier de leur accueil et de leur bonne volonté et
nous leur avons demandé ce qu’ils préfèreraient Après un temps
assez long de conciliabules et tergiversations ils reviennent à nous et nous
disent « Voilà
nous avons pensé : vous offrez un banquet à tout le village, nous serons
content et satisfait le temps d’uns soirée, mais si vous nous offrez des
batons pour faire notre musique, nous serons contents pendant longtemps » Munie d’instruction précises, j’ai donc été
à Hyderabad, commander puis rapporter plusieurs caisses de centaines de
couples de bâtons peints de différents motifs et couleurs Je me souviens
toujours de la gravité avec laquelle les caisses furent ouvertes et les
bâtons examinés et chacun choisissant les siens La satisfaction
était profonde C’est beaucoup
plus tard qu’à Hyderabad j’assistais à
des concerts de musique traditionnelle qui duraient des heures et si
l’apprentissage a été dur, la récompense était là : passée la deuxième
heure où je pensais mourir d’horreur, le miracle est arrivé…. Cela devenait
supportable, et puis presque agréable, puis ça y était cela devenait de
l’enchantement et les heures s’envolaient ! Le concert dura plus de 5 heures, Ravi Shankar était jeune et beau, sa
musique était pour tous, notables et tireurs de rickshaw, brahmans et
intouchables, indiens et occidentaux, adultes, enfants, en même lieu; Tous
communiions et buvions ces merveilles à la même coupe, ah ! Les ragas du soir ! Plus tard
encore, en compagnie de ma famille et de quelques indianistes, nous
assistions à un concert du même Ravi Shankar…à la Sorbonne, concert très
court, à la mode occidentale. L’homme avait en plus du talent beaucoup
d’humour et au milieu de l’exécution d’un raga du matin, il glissa subitement
les 10 premières notes de la Marseillaise : Sur plusieurs centaines de
spectateurs nous ne furent qu’une petite demi-douzaine à le remarquer et à
laisser échapper un petit rire. Plus tard alors que nous allions prendre un
verre avec lui et quelques amis, il s’est étonné de la « surdité »
du reste de l’audience. Mais voilà il faut le
baptême du feu de concerts marathons en Inde, pour commencer à entendre…. Au premier stage de LMFL,
j’avais convié une chanteuse classique indienne à venir enseigner le chant
carnatique : grand flop ! A défaut d’enseignement il y
a eu un concert : les jeunes stagiaires, assis par terre pour la
circonstance, ont immédiatement été subjugués, alors que la moitié de leurs
professeurs ont quitté la salle : il faut donc apprendre à écouter, pour savoir entendre. L’examen le plus
superficiel de la nature de la relation entre musique et
communauté nous fait prendre conscience que la musique apparaît comme
lien nécessaire, et rituel, tant dans
les rites sacrés que séculaires Lorsque nous nous
marions, marchons, prions, recevons une décoration, fêtons, assistons à des
les épreuves sportives, manifestons, la musique est toujours là, sous une
forme ou une autre Il n’existe pas
de communauté qui n’éprouve le besoin de soutenir ou de réaffirmer, de temps à
autre, ses sentiments et idéaux collectifs dans l’unité. La fragilité de
notre condition humaine fait que dans tout rassemblement, nous éprouvons,
même brièvement, le sentiment
d’appartenance, d’avoir une identité commune ·
L’accès
de tous à la musique quel qu’en soit la forme, fournit un outil de communication,
conceptuel, émotionnel et physique de mémoire et sens ·
La musique sert
de mémoire à notre matrimoine culturel pour notre civilisation ou notre
communauté ·
La musique
communique une compréhension
interpersonnelle, renforcent par-là même des sous-groupes transcendant la distance Puisque l’appartenance est ce qui fonde notre condition d’humains,
faire partie d ‘une communauté multiculturelle, pluri ages dont le but est de « faire de la musique »pendant deux semaines
de suite est une démarche spécialement
productive et enrichissante C’est
cette perspective d’élargissement et de non exclusion qui a été le
projet fondateur lorsqu’en 1997 j’ai créé cette Académie, dans laquelle les
langues coulent libres et riches autour de la « fabrique » de
musique et ce faisant enrichissent l’individu et sa communauté Arlette
Herrenschmidt-Moller
En background le village de Pentakota (photo Olivier
Herrenschmidt) |